|
22500 kg par jour, ça use
Mi-temps médical
Renvoyé après un accident de travail
Refus du médecin conseil
22500 kg par jour, ça use :
J’ai 59 ans. Je suis maçon de formation. Quand je suis arrivé d'Italie en 1973, j’ai tout de suite intégré une grosse industrie de la région où j’ai travaillé 28 ans en feux continus (matin, après-midi, nuit). Depuis deux ans, j’ai le dos en compote, je suis en incapacité de travail. C'était dur pour moi et la famille, mais c'était le seul salaire pour élever trois enfants et payer leurs études. Il fallait tirer les sacs, peser, surveiller le débit des produits chimiques (l'usine fabrique des détergents) et la pression. Il y avait beaucoup de poussière. Il fallait porter les sacs de 45 kg à la main jusqu'à la bande transporteuse (aujourd'hui c'est 25 kg). On faisait 1000 sacs par jour à deux.
En 1991, j'ai forcé en tirant une dalle à l'usine. Les collègues ont dit qu'ils avaient entendu «tout craquer». Depuis, j'ai mal au dos presque tout le temps. Je suis retourné travailler de ma propre initiative (que j'étais «bièsse», je croyais bien faire) avec mon dos de travers. J'ai attrapé une première hernie. Puis ils ont mis une machine pour soulever les sacs mais il fallait encore les tirer jusqu'à la palette. Ça me faisait encore plus mal au dos. J'ai attrapé une deuxième hernie.
Maintenant, et je ne suis pas le seul dans le cas car il y a beaucoup d'ouvriers de mon âge dans l'usine, je voudrais prendre la prépension, mais le patron dit qu'il n'a pas l'argent.
Le patron n'est-il pas obligé de vous accorder la prépension?
Une loi dit que dans notre secteur on peut prendre la prépension à 56 ans. Il paraît aussi qu'on peut la demander après 20 ans de feux continus. Mais le patron n'est pas obligé de l'accorder. Je me suis cassé chez eux, j'ai tout donné à l'usine, mais ils ne font rien pour moi. Voilà tout le merci qu'on a. Comme je suis parti là, je resterai invalide jusqu'à 65 ans. Financièrement, c'est moins intéressant. Et on n'est jamais tranquille, il y a tout le temps les contrôles de la mutuelle. On ne peut pas partir en vacances comme on veut. Et on aura moins d'argent à la pension.
Que pensez-vous des projets du gouvernement pour les fins de carrière?
Ils sont fous. On voit bien qu'ils sont toujours assis. Ils ne pensent pas aux jeunes non plus. Tout le monde à l'usine veut partir pour faire travailler les jeunes. Mais on parle de nous faire travailler jusqu'à 70 ans. Avec tous ces jeunes au chômage! Je ne comprends pas. C'est une idée du patron et le gouvernement tient avec lui. Le patron veut profiter encore plus de nous. Et il ne veut pas non plus payer notre prépension en plus du salaire d'un jeune.
Retour
Le 24 novembre 2000, dans le courant de la soirée j’ai ressenti une violente douleur au niveau de la poitrine.
Je me suis fait accompagnée au service d’urgences de la Clinique. Les examens médicaux ont révélé que j’étais en train de faire un infarctus du myocarde. Je suis restée hospitalisée et quelques jours plus tard j’ai dû être transférée au C.H.U ou l’on m’a dilaté une artère du cœur et placé un stent.
Je suis sortie de l’hôpital une semaine plus tard mais je dois régulièrement revoir mon médecin pour faire des prises de sang et le cardiologue pour contrôler la fonction de mon coeur. Je dois prendre plusieurs médicaments.
Trois mois plus tard, j’ai été convoquée par le médecin conseil de la mutuelle. Il a estimé que j’étais capable de reprendre mon travail.
Je suis employée vendeuse dans une surface commerciale, j’y travaille depuis 12 ans, j’avais un contrat de travail de 29 heures par semaine et je gagnais 35.000 frs.
Au bout d’une semaine de travail, j’étais complètement épuisée, j’ai fait un malaise au travail. Je suis retournée à mon domicile et j’ai fait venir mon médecin.
Je suis de nouveau restée en incapacité de travail. J’ai revu le cardiologue qui n’a pas constaté d’aggravation.
Au bout d’un mois, j’ai revu le médecin conseil de la mutuelle pour qui j’étais apte à reprendre le travail. Je lui ai fait part de ma fatigue persistante, de mes troubles du sommeil, de ma peur de faire des efforts. Il a évoqué la possibilité de reprendre le travail avec un horaire réduit à 20 heures semaine par exemple. J’ai alors demandé si la mutuelle interviendrait pour ma perte de salaire. Il m’a répondu que sur base de mon salaire de 35.000 frs, le calcul de l’indemnisation pour un mi-temps médical était : [( indemnité A.M.I)-(revenu)]x1,25 , ce qui dans mon cas ne donnait droit à aucune indemnité. J’ai malgré tout demandé à mon employeur de réduire mon temps de travail à 20 heures semaines. Ce qui me laissait un salaire de 25.000 frs.
J’ai ainsi pu reprendre mon travail durant deux semaines. Mais la fatigue et les angoisses que j’éprouvais se sont encore aggravées. Mon médecin traitant m’a dit que j’étais en train de faire une dépression, il m’a de nouveau mise en incapacité de travail et m’a adressée à un psychiatre.
Je suis actuellement toujours en incapacité de travail. J’ai quatre sortes de médicaments à prendre dont deux ne sont pas du tout remboursés et les deux autres partiellement. Je vis seule en appartement. Je suis âgée de 37 ans. Les indemnités que je perçois de la mutuelle sont de 22.500 frs, ils ne permettent pas de faire face à mes besoins, j’ai dû emprunter auprès de mes amis et de ma famille pour payer les factures de l’hôpital (rien que le stent coûte 25.000 frs). Je ne me sens pas encore capable de travailler à mon ancien rythme et un travail à 20 heures semaines me laisserait dans les mêmes difficultés financières.
Retour
Renvoyé après un accident de travail
Le 15 novembre 1995, j’ai été victime d’un accident du travail. J’ai été percuté au niveau de la gorge par une poutre métallique (retour de manivelle d’une machine). J’ai été hospitalisé en urgences. Le bilan des lésions indiquait une fracture du larynx , la thyroïde était également atteinte et une trachéotomie a été nécessaire. Les suites opératoires ont été compliquées par une infection de la trachée. Une nouvelle intervention est nécessaire le 22 novembre. J’ai été plongé dans un coma pendant une dizaine de jour afin de laisser guérir l’infection. j’ai été alimenté par perfusion. Le 7 décembre, j’ai encore subi une anesthésie pour visualiser l’évolution des lésions au niveau du larynx. Deux jours plus tard, j’ai été autorisé à manger normalement. A mon réveil on m’annonce que je suis devenu diabétique. Quelques jours plus tard, on m’enlève le tube qui était au niveau de ma gorge, je peux commencer à respirer normalement et la parole revient progressivement. Mes talons me faisaient de plus en plus mal. On constatera rapidement que le fait que je sois resté dans la même position durant plusieurs jours a provoqué un écrasement de la peau au niveau des talons et elle commence à se nécroser. J’ai pu regagner mon domicile le 26 décembre. Les lésions au niveau de mon talon sont à présent noires, mon médecin les a mesurées, elles avaient un diamètre de 8x5 cm. La première étape du traitement a consisté à enlever toute la partie nécrosée, ce qui a laissé un cratère qui s’est très progressivement refermé avec des épisodes d’infection et d’enlèvement de tissu mort qui ralentissait la guérison. La fermeture complète des escarres à été obtenue après une bonne année, mais la peau qui s’est formé était beaucoup plus épaisse et dure comme de la corne et me faisait mal lorsque je marchais. On devait régulièrement enlever la peau morte et utiliser une pommade qui la ramollisse. C’est le 20 juin 1997 que j’ai pu reprendre mon travail. A ce moment là, je gardais de mon accident des difficultés à la respiration lorsque je devais faire des efforts, des difficultés pour tousser et cracher, je devais prendre deux sortes de médicaments pour le diabète et suivre un régime, et il me restait encore des gènes au niveau des talons.
Le 22 juin 1997, soit après deux jours de travail, j’ai manipulé une pièce métallique chaude. J’ai éprouvé une très légère douleur au niveau du majeur de ma main droite qui est passée aussi vite. Je termine ma journée de travail comme d’habitude en nettoyant mon poste de travail et je retourne à mon domicile. Durant la nuit, je suis réveillé par une douleur de plus en plus importante au niveau de ma main droite. Mon doigt est rouge et tuméfié. Je fais venir mon médecin qui constate la lésion. Je lui raconte que j’avais ressenti une douleur en manipulant une pièce chaude. C’était bien une brûlure qui s’est infectée favorisée par le diabète. J’ai dû pendre des antibiotiques pendant une quinzaine de jours. Lorsque je reprends mon travail, je suis convoqué par le chef du personnel qui m’accuse de m’être volontairement brûlé et me signifie mon renvoie pour faute grave. Je suis atterré. Je tente de me défendre en lui expliquant que c’était à cause du diabète que ma main s’est infectée et qu’il ne me restait plus de séquelles et que je ne comprenais pas quel intérêt j’aurais eu de me blesser, rien n’y fait. J’ai demandé à mon syndicat d’intervenir. Le patron n’a pas voulu me reprendre mais a enlevé la faute grave sur mon C4, l’accident n’a pas été déclaré. J’ai ainsi pu m’inscrire au chômage. J’ai été m’inscrire dans plusieurs agences d’intérim. Quelques jours plus tard, je reçois l’appel d’une agence qui me propose de travailler dans une entreprise non loin de mon domicile et qui en fait est l’entreprise dont j’avais été renvoyé et au même poste que celui que j’occupais mais avec un salaire moindre et un contrat renouvelable toutes les semaines. Je suis âgé de 44 ans, lorsque j’ai été renvoyé, je travaillais pour cette entreprise depuis plus de 15 ans et je n’avais jamais eu de remarques sur mon travail.
Retour
Refus du médecin conseil
Le 30 août 2000, Monsieur P. a été victime d’un accident du travail ayant eu pour conséquence une entorse du genou gauche, reconnu par l’assureur loi. Cet accident s’est produit lorsque la victime en descendant d’une échelle a manqué un échelon. Le 15 septembre 2000, Monsieur P. consultera le Docteur M. Le premier diagnostic semble s’orienter vers une aggravation d’une lésion antérieure. En effet dans son rapport de consultation, le Docteur M. évoque une lésion par rupture du ligament croisé antérieur et d’une chondropathie stade II et III du condyle interne diagnostiquée lors d’une arthroscopie réalisée par le Docteur A. le 27.01.99. Le Docteur M. poursuit en écrivant que le patient signale une instabilité du genou avec dérobements douloureux. Une arthroscopie est proposée pour tenter de soulager Monsieur P. Cette intervention se déroulera le 9 octobre 2000. Dans son rapport du 31 octobre 2000, Le Docteur M. écrit « J’ai réalisé une arthroscopie qui a montré en fait qu’il existait une lésion importante luxable du ménisque interne. Il existe également une lésion nette récente de la corne postérieure du ménisque externe… Dès lors je n’ai pas réalisé comme prévu d’emblée une plastie du ligament croisé antérieur, puisque les lésions méniscales qu’on ne soupçonnait pas suffisent à expliquer les plaintes que le patient décrivait. Ces lésions méniscales sont d’aspect récent et certainement dues à son accident du travail du 30/08/2000. » Malgré ce rapport très précis dont le médecin conseil de l’assurance a eu connaissance, ce dernier refusera la prise en charge de cette intervention et décide de mettre fin à l’incapacité de travail de Monsieur P. à la date du 15 octobre 2000.
Retour
|